En 1988, fort de l’expérience, Southgat créa pour les 24 Heures une version spécifique de la jaguar Groupe C, la XJR-9LM, dont la caractéristique la plus évidente concernait la carrosserie, extrêmement soignée au plan aérodynamique.
L’équipe, engagée à fond dans la conquête d’un nouveau titre que lui contestait absolument l’écurie Sauber-Mercedes (constructeur suisse représentant officiel de la firme à l’étoile), pouvait compter sur le renfort de Martin Brundle, déçu par sa difficile saison 1987 en Formule 1. L’Anglais avait pour mission de contrer Jean-Louis Schlesser pour le titre Pilotes…
Bien que soumis à un régime épuisant puisqu’il courait également en IMSA aux Etats-Unis les week-ends pendant lesquels il ne s’alignait pas dans les épreuves du Championnat du monde, Brundle fut le meilleur représentant de l’écurie. Il le prouva en remportant, avec Eddie Cheever, les courses de Jarama, de Monza et de Silverstone. Au Mans cependant, Brundle, associé au Danois John Nielsen, joua de malchance : tout d’abord, Nielsen s’ensabla au «virage d’Indianapolis» et perdit 2 tours; puis des problèmes mécaniques s’en mêlèrent, et la Jaguar abandonna sur une rupture du joint de culasse…

Moteur
La mécanique de la XJR-9 était dérivée du V12 de 5,3 litres du coupé XJ-S, mais avec une cylindrée portée à 7 litres. Bloc, culasses et pistons étaient en alliage d’aluminium; les bielles étaient en acier et titane. Le vilebrequin en acier forgé tournait sur sept paliers. Avec un taux de compression de 12,8 : 1, ce V12 développait 700 ch à 7 000 tr/mn, et affichait un couple phénoménal de 84 mkg à 5 500 tr/mn. II pesait 240 kg, avec ses accessoires et l’embrayage, mais sans les tubulures d’échappement un poids relativement élevé, conséquence de l’utilisation comme base de départ d’un moteur de série. II y avait seulement deux soupapes par cylindre, l’unique arbre à cames par rangée de cylindres étant entraîné par chaîne. Le système d’injection était contrôlé électron iquement, avec le collecteur d’admission au centre du « V » et des injecteurs pour chaque cylindre. L’échappement comprenait des tubulures séparées, se rejoignant par groupes de six pour déboucher dans un conduit unique par banc de cylindres. Le graissage était à carter sec, avec un radiateur d’huile monté sur le côté..

Aérodynamisme
La Jaguar D fut l’une des premières voitures au monde à exploiter les connaissances aérodynamiques acquises en particulier dans le domaine de l’aéronautique. La structure même de la D, avec la partie centrale monocoque, le carter sec permettant d’incliner le moteur et donc d’abaisser la ligne du capot ou encore le radiateur en deux parties, tout ceci permit à l’ingénieur Malcolm Sayer, transfuge de chez Bristol, de concevoir en soufflerie une carrosserie très fluide. Capot avant et ailes d’une seule pièce, avec petite ouverture ovale pour le refroidissement, phares carénés, pare-brise très enveloppant qui, dans un premier temps, ne protégeait que la place du pilote, dérive pouvant remodeler le dessin de l’appui-tête… ; même le rétroviseur était soigneusement profilé et, sur les dernières versions, l’échappement latéral fut supprimé pour passer sous la voiture.
Châssis
Lors des 24 Heures de 1987, la Jaguar de Win Percy effectua plusieurs tonneaux : la formidable capacité de résistance aux chocs du châssis – auquel le V12 était boulonné, constituant un élément porteur de la partie arrière de la structure – permit au pilote de s’en sortir sans une égratignure. Ce fut une excellente démonstration de la grande solidité du châssis monocoque dessiné par Southgate, fabriqué en fibre de carbone et matériaux composites à base de Kevlar. Le dessous de la voiture comprenait des venturis, alors autorisés par le règlement, destinés à provoquer un effet de sol. La construction de la carrosserie deux portes, deux places, était conforme à la réglementation des Championnats de Sport-prototypes ainsi qu’IMSA. CI-CONTRE : L’aileron arrière est le plus grand utilisé sur les XJR-9, et n’équipait donc pas la version destinée au Mans, munie d’un aileron beaucoup plus petit. L’inclinaison de la lame arrière est variable en fonction des circuits

Derrière un trio de Porsche 962 qui occupent les premières places sur la grille de départ des 24 Heures en 1988; la XJR-9LM de Lammers-Dumfries-Wallace s’apprête à s’élancer devant les deux autres Jaguar Silk Cut. Vingt-quatre heures plus tard, la n° 2 l’emportera. Bien que classées seulement quatrième et seizième, les deux autres Jaguar XJR-9LM participent au triomphe de la voiture qui remporte l’épreuve, franchissant avec elle la ligne d’arrivée des 24 Heures du Mans en 1988.













































